Un enfant de grande section qui confond le E et le I en dictée de syllabes, ou qui oublie systématiquement le Y dans la liste des voyelles : on a tous croisé cette situation. Le problème vient rarement d’un manque de répétition, mais plutôt de la façon dont on présente ces six lettres.
Souvent proposées comme une suite à réciter, elles manquent de fonction concrète. Mémoriser les voyelles A E I O U Y devient plus simple quand on ancre chaque lettre dans un son, un geste ou un mot manipulable.
Pourquoi la bouche et la gorge aident à retenir chaque voyelle
Avant de sortir un poster de l’alphabet, on peut commencer par un exercice purement physique. Demandez à l’enfant de prononcer chaque voyelle lentement et de sentir ce qui bouge : la position des lèvres, l’ouverture de la bouche, la vibration dans la gorge. Le A ouvre grand la bouche. Le O arrondit les lèvres. Le I les étire. Le U les resserre en avant.
Ce passage par le corps donne à chaque voyelle une identité sensorielle, pas seulement visuelle. On ne retient pas six signes abstraits, on retient six positions distinctes de la bouche. Associer un geste articulatoire à chaque lettre aide la mémoire à long terme, notamment chez les enfants qui retiennent mieux par le mouvement que par la vue.
Le E et le Y posent souvent plus de difficulté. Le E parce qu’il produit plusieurs sons selon les mots (le « e » de « me » n’est pas celui de « été »). Le Y parce qu’il est parfois classé avec les consonnes dans l’esprit des enfants.
Un repère utile : prononcer « lyyyy » en étirant le son, puis « liiiii », pour que l’enfant entende la parenté. Un guide pour apprendre les voyelles qui détaille cette approche par le son permet de structurer la progression.

Mémoriser les voyelles avec des mots décodables plutôt qu’une comptine
Les comptines et chansons sur les voyelles sont partout. Elles fonctionnent pour retenir l’ordre de la liste, mais elles ne garantissent pas que l’enfant sache reconnaître une voyelle dans un mot réel. On peut réciter « A E I O U Y » sans savoir repérer le I dans « lit ».
La recommandation actuelle en pédagogie de la lecture est d’enchaîner rapidement avec des combinaisons simples consonne-voyelle : ma, mi, mo, lu, sa, si. L’enfant donne alors une fonction concrète à chaque voyelle. Au lieu de six lettres suspendues dans le vide, il manipule des syllabes qu’il peut lire et écrire.
Un exercice de tri qui fonctionne bien en pratique
On prépare des images d’objets courants (chat, lit, bol, mur, dé, stylo). L’enfant doit dire le mot, isoler la voyelle qu’il entend le plus fort, puis poser l’image sous la bonne lettre. Ce tri par le son ancre chaque voyelle dans un mot concret, ce qui rend la mémorisation plus stable qu’une simple récitation.
- Chat, sac, lac pour le A : la bouche s’ouvre grand, le son est facile à isoler même pour les plus jeunes.
- Lit, pie, ami pour le I : les lèvres s’étirent, le son est aigu et distinctif.
- Bol, moto, vélo pour le O : les lèvres s’arrondissent, l’enfant peut exagérer la forme pour mieux retenir.
- Lune, mur, tortue pour le U : les lèvres se projettent en avant, ce qui le distingue physiquement du O.
- Stylo, pyjama, cygne pour le Y : on montre que le Y produit le même son que le I dans ces mots.
Le E est volontairement traité à part parce que ses variantes sonores (e muet, é, è) demandent plus de temps. Les retours varient sur ce point selon l’âge de l’enfant, mais commencer par le « é » de « été » fonctionne comme premier repère.
Écriture et encodage des voyelles : le geste qui fixe la mémoire
Reconnaître une voyelle à l’oreille et la reconnaître sur une feuille sont deux compétences différentes. Faire écrire la voyelle entendue consolide le lien entre le son et la lettre. On prononce un mot, l’enfant écrit juste la voyelle qu’il identifie. Pas besoin d’écrire le mot entier.
Par exemple, on dit « ami ». L’enfant écrit « a » puis « i ». On dit « moto ». Il écrit « o » deux fois. Cet exercice d’encodage, recommandé dans les approches phoniques récentes, transforme l’enfant en producteur actif plutôt qu’en récepteur passif de l’alphabet.

Lettres mobiles et ardoise : deux supports terrain
Les lettres magnétiques ou en bois permettent de composer des syllabes sans la contrainte du tracé. L’enfant qui a du mal à écrire le U à la main peut quand même le sélectionner parmi les lettres posées devant lui et le placer après un M pour former « mu ».
L’ardoise effaçable a un autre avantage : elle désacralise l’erreur. Écrire un A à la place d’un O, effacer, recommencer. La répétition sans enjeu réduit l’anxiété et augmente le nombre de tentatives en une seule séance.
Progression de la mémorisation des voyelles : quand passer à la suite
On commence par les voyelles dont le son ne varie pas : A, I, O, U. Une fois que l’enfant les identifie dans des mots simples et sait les écrire, on ajoute le Y en montrant sa proximité avec le I. Le E arrive en dernier, avec ses variantes.
- Étape 1 : reconnaissance du son isolé (l’enfant dit « aaa » en ouvrant la bouche, montre la lettre correspondante).
- Étape 2 : repérage dans un mot court (entendre le A dans « sac », le I dans « pie »).
- Étape 3 : combinaison consonne-voyelle (lire et écrire « ma », « li », « bo »).
- Étape 4 : encodage spontané (on dit un mot, l’enfant écrit les voyelles qu’il entend).
Cette progression par paliers évite de surcharger la mémoire de travail. Chaque voyelle maîtrisée devient un outil de décodage, pas un simple élément de liste.
Le critère pour passer d’une étape à la suivante est concret : l’enfant identifie la voyelle sans hésitation dans trois mots différents, à deux moments distincts de la journée. Si le repérage reste fragile le lendemain matin, on reprend avec de nouveaux mots plutôt qu’en répétant les mêmes.
Varier les mots empêche l’enfant de mémoriser une association figée (A = chat et rien d’autre) et construit une reconnaissance réellement transférable.



